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« L’hôpital en mouvement, révolution numérique et patrimoniale »

Publié le : 30/11/2019 17:05:21

Du 10 au 12 juin 2020, les IHF (Ingénieurs hospitaliers de France) célébreront leurs 60es Journées d’Etudes de Formation au Palais du Pharo de Marseille. L’occasion de revenir avec le président des IHF, Bruno Cazabat, sur la genèse de l’association, son avenir et ses grands sujets d’étude.

 

Comment est née l’association des IHF ?

L’association a été créée en 1956 et nous célébrons cette année son 60ème congrès. A l’époque, l’association répondait à la nécessité d’identifier les progrès techniques et scientifiques importants qui ont été réalisés au début du siècle et pendant la guerre. Après-guerre, les progrès  technologiques se sont logiquement orientés vers la partie médicale et nos collègues ingénieurs ou techniciens dans les établissements de santé ont rapidement senti qu’il fallait mutualiser et partager les avancées technologiques de chacun. C’est dans cet esprit qu’est née notre association. Nous connaissons aujourd'hui encore une période de forte créativité technologique et notre association a plus que jamais vocation à identifier ces mutations, à partager les expériences positives comme négatives, pour apprendre ensemble.

 

Comment voyez-vous la naissance d’associations comme l’UAFS (Union des architectes francophones pour la santé) qui travaillent sur des thématiques voisines des vôtres ?

L’émergence d’un nouvel acteur comme l’UAFS est intéressante pour mieux faire connaitre notre monde de la santé.  Il est complémentaire à nos activités IHF car nous avons une logique différente. L’UAFS a pour objectif de fédérer les architectes francophones travaillant dans le monde hospitalier, de faire connaître leur savoir-faire, avec une connotation organisation professionnelle que nous n’avons pas. Nous sommes plus ciblés sur le lien entre l’architecture et l’ingénierie. Lorsque nous parlons d’architecture, c’est donc sous un angle plus technique que l’UAFS. Autre différence assez forte, l’UAFS est majoritairement composée de représentants de cabinets privés d'architecture, alors que nos membres sont plutôt essentiellement des ingénieurs hospitaliers en poste dans les établissements de santé. Il y a de la place pour toutes les associations. Nous travaillons sur les mêmes objets, les mêmes projets, mais l’expertise de chacun intervient à des moments différents.

 

Si on regarde vers l’avenir des IHF, quelles sont les évolutions en cours et celles qui vont être mises en place dans les prochaines années ?

Nous sommes à une période d'évolution accélérée, avec des mouvements de fond très importants. Nous traitons dans nos congrès de plusieurs grands projets de restructuration du patrimoine hospitalier. La fermeture d'établissements de santé et la transformation de certains, qui sont classés monuments historiques, pour d’autres activités que l'hospitalier, traduit une rupture importante par rapport à ce qui se faisait dans le passé. Nous avons intégré le fait  qu’en dépit de leur valeur historique et patrimoniale, certains bâtiments n’étaient plus adaptés aux exigences modernes du soin et qu’il valait mieux les fermer ou leur offrir une ouverture vers d’autres mondes, et créer parallèlement des bâtiments hospitaliers neufs, véritablement efficaces et opérationnels. Cette transformation va se poursuivre et les groupements hospitaliers de territoire (GHT) vont accélérer ces restructurations.

Autre évolution importante : tous les métiers de l’hôpital sont impactés par la numérisation. Numérisation des installations, des pratiques, des outils de conception, de construction. Je pense notamment au BIM, aux réseaux de data, à l’intelligence artificielle, aux nouvelles applications de géolocalisation, etc.

Enfin, l’hôpital d’aujourd’hui se soucie de l’avenir, de l’écologie, de la qualité des soins, au sens médical mais aussi en termes de confort du patient. Tous ces sujets de préoccupation, apparemment assez lointains les uns des autres, participent d’une même démarche de développement durable et de RSE (responsabilité sociale des entreprises).

« Je ne pense pas que le béton

soit plus éphémère que la pierre de taille »

 

A propos du patrimoine hospitalier, nous constatons que les bâtiments construits ces dernières années ne semblent plus être conçus pour durer, contrairement aux emblématiques Hôtels Dieu qui ont tenu des siècles… Sommes-nous condamnés à faire des hôpitaux éphémères ?

Les techniques de construction ont changé et je ne pense pas que le béton soit plus éphémère que la pierre de taille, qui demande elle aussi  de l’entretien pour résister à la pollution ou aux incendies. Les bâtiments construits aujourd’hui ont en outre une certaine flexibilité. Ces structures peuvent adapter leurs locaux aux évolutions de la médecine. Par exemple, avec le développement de l’ambulatoire, les structures accordent moins d’espace à l’hébergement et plus aux salles d’opération et à l’accueil. Il existe aujourd’hui beaucoup  de restructurations et reconfigurations réussies. Même des bâtiments particuliers comme  des IGH (immeubles de grande hauteur) sont reconfigurables. Ils pourraient être considérés comme éphémères, mais lorsque la qualité de construction est remarquable, comme l’Hôpital Louis Pradel à LYON, nous pouvons les moderniser en créant de nouveaux plateaux tout en conservant la structure. Nous avons pu conserver le geste architectural, rendre l’hôpital toujours aussi efficace et il sera encore utilisable pendant encore de longues années.

 

Peut-on d’ores et déjà esquisser les grandes lignes du 60e Congrès des IHF qui se tiendra en juin prochain à Marseille ?

Nous allons faire un zoom sur la gestion du patrimoine, au travers de plusieurs retours d’expérience. Les nombreux exposés concerneront également des pays étrangers, comme avec le centre de traumatologie d’Helsinki, le nouvel hôpital de Bruxelles ou au travers de l’expérience européenne d’un gestionnaire de patrimoine de cliniques privées.

Nous traiterons bien sûr de conception architecturale hospitalière, avec des architectes renommés comme AIA, Brunet Saunier, Michel Beauvais, ASSAR (pour ne citer qu’eux). Un chapitre important sera consacré aux évolutions du numérique, au développement durable et à la façon de rendre les énergies plus vertes et moins chères. Nous aurons aussi un chapitre consacré à la conduite de projets et à la maîtrise d’ouvrage avec un focus sur des grands projets comme le Nouvel Hôpital Ile de Nantes ou les innovations de l’APHM. Les aspects que nous aborderons seront aussi juridiques. Notre but, pour résumer, est de porter à la connaissance  des professionnels des évolutions significatives, de montrer l'hôpital en mouvement. Comme chaque année, nous prendrons soin de distribuer en amont aux congressistes le livre des actes, avec les articles rédigés des exposés, ce qui permet à chacun de participer plus activement aux différentes sessions. L’annuaire des IHF sera également distribué, de manière à permettre à chacun d’identifier ses collègues, d’échanger, de faciliter le partage d’expérience, et les futures collaborations.  

Propos recueillis par Romain Bonfillon.