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« Le partage d’expérience est un métier passionnant »

Publié le : 20/05/2019 12:54:22

Du 5 au 7 juin prochain, se dérouleront les 59èmes Journées d’Etudes et de Formation des Ingénieurs Hospitaliers de France (IHF). L’occasion pour Bruno Cazabat, président des IHF, de revenir sur le riche programme de ces journées et de porter un regard sur l’évolution des métiers de l’ingénierie hospitalière.

 

Le numérique est cette année encore une thématique centrale de beaucoup d’exposés présentés lors des Journées IHF…

Le numérique transparaît en effet dans beaucoup de nos sujets, de façon évidente ou plus implicite. C’est pourquoi nous démarrons en séance plénière par  des réflexions plus globales pour élargir la  perception de ces sujets. Comment rapprocher les besoins des maitres d’ouvrages  et les solutions technologiques disponibles pour  contribuer  au service du patient,  de la performance de l’hôpital et de son personnel. Face à une offre croissante, il est nécessaire d’éclairer les acteurs sur l’intérêt mais aussi les contraintes des solutions existantes ou en développement. L’hôpital est un bâtiment intelligent par sa complexité et l’utilisation des technologies de l’information et de la communication.  Plusieurs ateliers apporteront des retours d’expérience de projets novateurs dans ce domaine.  Par exemple, les IOT (Internet of Things ou internet des objets) sont voués à un fort développement. Ils s’intègrent désormais dans la GTC (Gestion Technique Centralisée) et font émerger de vrais sujets d’interopérabilité mais aussi de traitements de données. Autre exemple: l’utilisation des maquettes numériques et des process  BIM (Building Information Modeling). Le grand public ne le voit pas, mais en tant qu'outil de travail, le BIM a profondément modifié les façons de travailler. 

 

Vous allez pendant les prochaines Journées IHF présenter le travail mené par l'association Smart Building Alliance (SBA). En quoi consiste-t-elle ?

C’est une association d’acteurs dans le domaine du numérique et du bâtiment Tous ces acteurs partagent et mettent en commun leurs différentes réflexions pour offrir au client final, le maître d’ouvrage, une vision globale. Ils font donc travailler ensemble les différents métiers du bâtiment (architectes, industriels, investisseurs, prestataires de services, etc.) pour développer les bâtiments intelligents dans une  ville durable. L’outil d’analyse « matrice servicielle » issu des réflexions de la Smart Building Alliance ouvrira le sujet par une approche conceptuelle et globale

 

Cette année encore, les architectes sont très représentés dans le programme des interventions. Quelles sont les grandes thématiques architecturales qui intéressent les IHF ?

Les architectes présents cette année viennent de grands et prestigieux cabinets spécialisés dans l’architecture hospitalière (Pargade, Brunet-Saunier, Michel Rémon,…) Nous les avons invités à nous parler de leurs de projets menés à l'étranger, afin de donner à voir aux congressistes des approches de conception de bâtiments hospitaliers très différentes. De manière générale, l’architecte à l’étranger a une approche beaucoup plus globale qu’en France, moins fractionnée. Il est amené à intégrer  la programmation et  l’ingénierie, depuis  l’esquisse et l’avant-projet. Cette vision panoramique du projet converge avec la méthodologie BIM, qui fonctionne sur la collaboration entre les différents acteurs. Ces outils ne supportent pas le travail en silo, l’absence de communication.

 

Comment résumeriez-vous la vocation de ces Journées d’étude ?

Ces trois jours sont tout d’abord pour les congressistes l’occasion de prendre de la hauteur sur leur pratique, en découvrant ce que font les autres, les nouveaux outils qu’ils utilisent ou les nouvelles techniques.

Notre autre objectif est d’éclairer les fondamentaux. Nous avons des exposés consacrés aux outils de passation des marchés, au traitement de l’air dans les salles d’opération, aux partenariats publics, aux réseaux de chaleur… Sur ces fondamentaux de l’ingénierie hospitalière, les congressistes, qui ne peuvent pas être des spécialistes de tous ces domaines, pourront se former, rencontrer des interlocuteurs, des référents, afin d’être plus vite opérationnels.

Quelles sont les missions des IHF ?

Notre première mission est de faire connaître ce qui se fait en ingénierie, partager, éclairer nos adhérents. Nous mettons la lumière sur des expériences fortes que chacun peut être un jour amené à reproduire dans son établissement. Nous offrons également à nos adhérents l’occasion de rencontrer d’autres collègues, de se construire un réseau. Il est essentiel de ne pas être tout seul dans son établissement, lorsqu’un nouveau sujet arrive. Il est toujours rassurant de savoir que d’autres personnes ont déjà travaillé sur une même problématique et qu’il est possible d’échanger sur ce sujet…sans réinventer l’eau tiède dans son coin.

 

Vous êtes président des IHF, mais également Directeur des affaires techniques des Hospices Civils de Lyon, le 2e hôpital de France après l’AP-HP. Comment voyez-vous évoluer les structures hospitalières et en quoi, ces évolutions modifient le profil et les exigences vis-à-vis des ingénieurs hospitaliers ?

L’ingénierie hospitalière devient de plus en plus complexe, par le numérique, la réglementation et les avancées techniques. On fait aujourd’hui appel à beaucoup de sciences de l’ingénieur. Le métier d’ingénieur s’enrichit donc en même temps qu’il se complexifie, et ce quelle que soit la nature de la structure (CHU, hôpital privé, structure associative). On ne peut pas être expert en tout, donc l’évolution des GHT – Groupements hospitaliers de Territoire - laisse penser que les services techniques vont se regrouper et se renforcer, permettant ainsi aux talents dans certains domaines de se spécialiser et d’avoir une meilleure appréhension des sujets. En effet, au sein d’un GHT, un même sujet sera traité plusieurs fois, pour plusieurs établissements, ce qui permettra d'approfondir le sujet.

En conséquence de cette évolution, collaborer est devenu une nécessité. L’image de l’ingénieur omniscient, qui sait tout et qui fait tout, n’est plus d'actualité. L’ingénieur d’aujourd’hui collabore avec d’autres ingénieurs, des architectes, des médecins, la direction de l’hôpital… entre autres acteurs. Cette dimension collaborative suppose que l’on sache ce que fait l’autre, pour travailler avec lui, que l’on comprenne un minimum ses préoccupations, les contingences de son métier. L’exemple des réseaux de chaleur est, à ce titre, parlant. Ces réseaux amènent l’hôpital à sortir de l’hôpital et à s’intégrer dans un projet qui concerne toute une partie de ville, et donc de nombreux partenaires, afin d’optimiser les performances, en consommant moins d’énergie.

Voyez-vous arriver de nouveaux métiers dans le domaine de l’ingénierie hospitalière ?

Je pense d’abord au métier de BIM manager, qui n’existait pas il y a quelques années. L’apport du numérique, sans forcément créer de nouveaux métiers, modifie profondément les métiers existants. Par exemple, les réseaux pneumatiques existent depuis plus de 150 ans (un très important réseau de tubes sous-terrain est développé à Paris à partir de 1866, constituant ainsi la « Poste pneumatique », N.D.L.R.) mais l’apparition du numérique nous permet aujourd’hui de tracer les cartouches, de leur mettre des puces RFID, d’avoir des ordinateurs qui traitent beaucoup de data. On s’inspire désormais des techniques de gestion de trafic d’autobus, pour optimiser les transports des cartouches dans les tubes. Voilà comment l’on est passé d’une technique assez « rustique » à une technique ultramoderne.

Parmi les nouveaux métiers, on peut penser aux ingénieurs spécialisés dans les infrastructures réseau (réseau courant faible, gestion des fibres optiques, sécurisation des routeurs et autres switch, distribution numérique, …) Se doter de « spécialistes réseau informatique », en internalisant ou en externalisant cette fonction selon la taille de la structure, est aujourd’hui une nécessité. On ne peut plus se permettre aujourd’hui de « planter » un réseau informatique, qui constitue le centre névralgique du fonctionnement d’un hôpital. Il faut quelqu’un pour le déployer, le sécuriser, gérer le flux, etc. Cette tendance va s’accentuer avec la croissance exponentielle de l'utilisation de la Wi-Fi et des IOT qui vont utiliser les nouveaux réseaux comme LORA qui se mettent en place.

Parlez-nous de l’actualité des IHF…

Nous poursuivons notre logique de travail en commun, donc nous travaillons actuellement avec plusieurs institutions, et bien sûr d’autres associations. Nous venons de signer une convention avec l’ANAP (Agence Nationale d'Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux) pour diffuser des savoir-faire et partager des outils. Le partage d’expérience est un métier passionnant, et nous sommes de plus en plus nombreux à être très engagés dans cette voie. Nous voulons partager avec nos collègues, mais aussi avec tous ceux qui ne sont pas immergés dans le domaine de l’ingénierie hospitalière et qui sont nos partenaires, nos clients, nos patrons, nos utilisateurs.

Propos recueillis par Romain Bonfillon

> NOTE : pour connaître le programme des prochaines Journées d’Etudes et de Formation des IHF 2019 et s’inscrire, rendez-vous sur www.journees-ihf.com